Le manipulateur – Episode 5 : Les sources du mal

LB

Bonjour à tous.

Avant-dernier épisode de la série d’articles sur les manipulateurs. Attention, cet article complet et dense pourra vous prendre un bon quart d’heure de lecture.

Lorsque nous sommes face à un manipulateur ou que nous en avons été la victime, le réflexe le plus fréquent que nous adopterons sera de comprendre. Nous voudrons savoir pourquoi les choses se sont passées ainsi, pourquoi cet individu est ce qu’il est et comment nous avons fait pour en devenir la victime.

Pour ce qui est des fonctionnaires territoriaux, la question qui pourrait se poser de manière générale est la suivante : comment se fait-il qu’apparaissent au grand jour autant de cas de personnes harcelées, brisées et en souffrance suite à des phénomènes de manipulations malsaines ? Je vous apporterai une piste de réponse en fin de cet article après avoir balayé des sources possibles faisant que certains individus deviennent des manipulateurs en puissance. En outre, pour chaque source possible, je vous présenterai des applications ‘territoriales’ concrètes et quotidiennes de ces actes de manipulation.

Pour notre cas personnel, si nous poussons plus loin, nous voudrons savoir si c’est notre attitude qui a pu déclenché cela. Nous nous demanderons si nous avons quelque chose à nous reprocher. Selon les cas, selon notre degré de passion et d’engagement, espérerons-nous changer le manipulateur, lui montrer qu’il a tort et qu’il pourrait s’améliorer. Pire : peut-être essaierons nous même de continuer à lui plaire, à le satisfaire afin de lui montrer que nous ne méritions pas son acharnement.

Aussi incroyable que cela puisse paraître, nous lui trouverons même des excuses.

En résumé : nous tenterons de trouver des raisons logiques à la crise qui aura été traversée, nous élaborerons des scénarii de justifications alambiquées  et  nous tenterons de refaire l’histoire encore et encore jusqu’à épuisement.

En réalité, c’est l’inverse qu’il faudrait faire. Il faudrait se dire qu’il n’y a pas de raison spécifique. Il faudrait se raisonner et réaliser que certaines personnes se lèvent le matin simplement pour voir le monde brûler et il n’y a pas de justification à cela. Pourquoi font-ils le mal ? Peu importe, c’est ainsi. L’important est de se protéger.

D’un point de vue personnel, il faudrait se dire qu’un ensemble de circonstances ont fait que nous avons été confronté à un manipulateur et qu’il nous faut désormais avancer et vivre avec. Et c’est tout. 

Sauf que, parce que la victime du manipulateur ne croit pas en la perversité; parce qu’elle est motivée, sincère, dévouée, généreuse et engagée, elle ne peut se résoudre à accepter l’idée que certaines personnes n’ont qu’un seul but dans la vie : casser, maîtriser, briser, diviser, soumettre, jouir de la souffrance des autres. Elles n’acceptent pas l’idée que ces mêmes personnes n’ont pas confiance en l’être humain ni en la vie et que le filtre au travers duquel elles voient le monde est celui de la paranoïa, de la peur et du conflit.

Ainsi donc, puisqu’il nous faut parfois comprendre les choses et essayer de mettre un nom et des concepts sur certains types de souffrance, voici des éléments qui pourront amener certains individus à devenir des manipulateurs en puissance.

3 Confusions à éviter avant de commencer

  • Avant de nous lancer dans une liste de critères qui ne seront pas forcément exhaustifs tant le sujet est complexe, il faut savoir nuancer le concept de manipulateur tant il y a d’écart entre la personne qui vous fera une petite remarque de dévalorisation sur votre manière de vous habiller – qui sera donc un peu jalouse mais ne vous voudra pas obligatoirement du mal – et le manipulateur pervers qui voudra vous soumettre, vous asservir et vous écraser jusqu’à pouvoir jouir de sa victoire psychologique.
  • Autre chose à bien discerner : quelle que soit le degré de violence de la manipulation, il y a deux types de manipulateurs. Il y a celui qui ne sait pas qu’il est manipulateur et qui est convaincu d’être dans son bon droit et il y a celui qui sait qu’il est manipulateur et qui jouit volontairement de la souffrance qu’il prodigue.
  • Toujours discerner  les 2 concepts suivants : ‘Faire de la manipulation‘ et ‘Etre manipulateur‘. En lisant ce qui suit, vous serez sûrement tenté de vous dire ‘Ouh la … mais je suis un manipulateur, je dois faire attention’. Et en cela vous serez une personne saine puisque vous saurez vous remettre en question. Le manipulateur, lui, ne se remet jamais en question : soit parce qu’il est étranger à lui-même, soit parce qu’il désire faire souffrir les autres consciemment et qu’en conséquence il décide sciemment de continuer à agir tel qu’il le fait. Nous faisons tous de la manipulation. Mais nous ne sommes pas tous des manipulateurs.


La composante générale

Ce qui se retrouve chez tous les manipulateurs, c’est qu’ils ont une estime d’eux-mêmes défaillante au possible. Cet état intérieur  les amène à rabaisser les autres afin de se sentir supérieur.

Ce sont des êtres pétris de peur, baignant dans un sentiment d’infériorité tel qu’ils ont besoin de canaliser et de formater leur entourage afin que cela les rassure. Ils ont peur du changement, de la dérive, de la prise d’initiative. Terrorisés à l’idée qu’ils ne peuvent maîtriser le cours des choses, ils rigidifient leur vie ainsi que celle des autres afin de diminuer leur niveau d’anxiété.

Plus les personnes seront motivées, dynamiques, fortes, autonomes et entreprenantes, plus ils tenteront de les étouffer, de les anesthésier, de les diminuer. Obsessionnels s’il en est, le manipulateur pourra rapidement s’acharner s’il voit que la personne en face de lui tient bon et résiste. « S’il ne cède pas, c’est qu’il est plus fort que moi, donc je dois le soumettre, l’asservir et après je me sentirai mieux ».

C’est pour cette raison que vouloir raisonner un vrai manipulateur. S’il est narcissique et s’il a été habitué à être porté aux nues, son ambition dévorante de suprématie et de recherche d’attention l’amènera à des extrémités que les victimes, généralement positives et en quête de choses simples, auront du mal à percevoir tant leur filtre respectif de perception du monde seront à l’opposé l’un de l’autre.

Différentes origines du mal

  • L’abandon : Je te contrôle de peur que tu t’en ailles

Un enfant qui aura vécu un sentiment d’abandon à cause de parents absents ou peu disponibles, pourra devenir manipulateur dans la mesure où il essaiera de contrôler son univers et tentera sans cesse d’éviter de revivre ce sentiment d’abandon toxique familier et ce, en maîtrisant et cloisonnant son entourage proche. 

C’est ce que fera le manager territorial lorsqu’il voudra retenir des agents coûte que coûte de peur qu’ils lui échappent.

  • La dévalorisation : Je te rabaisse pour me réhausser

Une personne qui aura été dévalorisée et rabaissée dans le cadre d’une éducation trop rude et trop rigide, pourra être tentée de se rehausser elle-même tout au long de sa vie en contrôlant les autres et, en outre, en répercutant régulièrement cette autorité disproportionnée dont il aura été victime et qu’il utilisera pour maîtriser de manière illusoire son environnement. L’important, c’est être plus haut que les autres.

C’est ce que fait la secrétaire qui ne cesse d’être jalouse du niveau de vie de sa collègue de travail ou bien de son niveau d’éducation et qui jour après jour dévalorisera ses propos, ses actions et fera en sorte de dénigrer l’individu tout entier avec parfois comme volonté de l’anéantir ou de le pousser à partir.

  • La honte

Une personne qui aura été élevée dans le culte de la honte, du non-dit, du tabou; qui aura porté de trop lourds secrets à un trop jeune âge; qui aura subi des abus moraux ou incestueux tels que des confessions sur la vie privée et intime de ses parents et qui, en outre, aura été victime de dévalorisation de la part de ses parents ou de moqueries répétées, sera chargée d’une honte toxique et sera particulièrement sensible à ce que pourront penser les autres. Elle sera donc tentée de vouloir contrôler tout ce qui se dit, tout ce qui se fait. Elle divisera pour mieux régner, créera des clans.

C’est le cas de cet élu qui de peur qu’une erreur de communication ne se glisse dans une plaquette à destination du public assommera ses équipes d’une pression démesurée et tentera de briser les plus calmes et sereins des agents impliqués. C’est aussi le cas de ce directeur qui n’ose aller parler aux utilisateurs de l’application informatique que ses équipes ont déployée et qui est la cause de la perte de données stratégiques. Plutôt que d’affronter la honte de devoir regarder son homologue dans les yeux et d’assumer son erreur, il ira plutôt dénoncer un bouc-émissaire au DGA ou à l’élu dont il dépend.

  • La peur

Des personnes élevées dans la peur, quelle qu’elle soit : peur des autres, peur des entreprises, peur des grandes villes, peur de la différence, peur de la crise; utiliseront un filtre de perception de la vie liée à cette même peur et au danger. Seule solution pour survivre : être fonctionnaire et se dire que seuls les fonctionnaires peuvent survivre à notre époque. Parce qu’ils auront peur de tout, il faudra qu’ils fassent peur aux autres. Pourquoi ? Parce que si tout le monde a peur comme eux, cela les rassure et ainsi, ils ont moins peur.

C’est le cas de ces personnes qui, lorsque j’ai annoncé que je devenais entrepreneur m’ont dits, alors qu’ils n’avaient jamais été que fonctionnaires dans la vie, que, je cite au mot près : ‘je risquais de faire un AVC car le métier du coaching et de la formation est un métier à haut niveau de stress‘ ou que ‘j’allais être dévoré vivant car les consultants sont tous des requins‘.

Que ces personnes se rassurent : jusqu’à présent, tout va bien.

  • La double contrainte

La double-contrainte est l’arme absolue pour créer chez les personnes un climat d’insécurité émotionnelle propice à créer des manipulateurs. La double-contrainte c’est le fait de dire à un enfant ‘Tu sais tu peux me parler si tu veux arrêter de faire du sport le mercredi‘ et lorsque le même enfant dira qu’en effet il préfère s’arrêter, l’assommer de réprimandes violentes et culpabilisantes en lui expliquant qu’il est un ingrat, qu’il ne sait pas la chance qu’il a etc…

La double-contrainte rend fou car l’on ne sait plus si l’on doit agir ou pas. Plus l’insécurité sera imprégnée en l’individu, plus il sera tenté de reproduire lui-même la double-contrainte et de devenir manipulateur afin de contrôler le monde qui l’entoure.

C’est ce que fait votre directeur lorsqu’il vous promet en privé de soutenir la réforme que vous allez proposer  et qui vous désavoue en public car il aura lu dans le regard des autres participants que cette réforme risque d’être impopulaire.

  • Le destin

Comme expliqué plus haut, il faut savoir arrêter de chercher des raisons. Pourquoi cet individu est-il un manipulateur ? Car c’était son destin. Un ensemble de circonstances ont fait que cet individu a peur, qu’il est plein de rage réprimée, qu’il veut contrôler et asservir les gens qui l’entourent. Qu’il en soit conscient ou pas importe peu : il est ainsi et il faut absolument le fuir ou le contre-manipuler afin que ses actions malveillantes ne nous atteignent plus. 

Prochain et dernier épisode : Episode 6 – le manipulateur dans la vie privée.

A bientôt,

Laurent.

MANANTRA : Preparation aux concours d'ingenieur territorial, d'ingenieur en chef territorial, de technicien territorial et d'attache territorial

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