Le manipulateur – Episode 4 : Dire non et s’affirmer

LB

Bonjour à tous.

Lorsqu’il est question de manipulation, le point de départ pour apprendre à se protéger de tout type de manipulateur est de savoir s’affirmer et de dire non.

Je vous livre ici un extrait conséquent de mon ouvrage Prendre en main sa carrière territoriale qui traite justement des raisons qui font qu’il nous est parfois difficile, voire impossible de dire non et de nous affirmer alors que c’est ce que nous souhaitons le plus.

Si nous n’arrivons pas à dire non à un simple collègue de travail, comment nous serait-il possible de refuser de nous laisser manipuler par les plus pervers d’entre eux ?

Avant de vous laisser lire cet extrait, je vous rappelle que j’animerai un stage en ligne sur internet nommé ‘Carrière : S’affirmer et dire non : se faire respecter, lutter contre le harcèlement moral… ‘ le Mardi 12 février de 18h à 20h. Toutes les informations >ICI<

D’ici là, je vous souhaite une bonne lecture de l’extrait ci-après (temps de lecture moyen : 10 minutes).

S’affirmer et dire non. Extrait de ‘Prendre en main sa carrière territoriale

Comment se fait-il que nous n’arrivions pas à nous affirmer et à dire non ouvertement sans peur du jugement ? Nous avons ce ‘Non’ au fond de la gorge. Mais il n’y a rien à y faire, nous n’arrivons pas à le faire sortir. Nous aimerions le crier, le hurler afin de nous soulager. Mais, que ce soit pour nos amis ou nos ennemis, nous n’en faisons rien. Il existe de nombreuses raisons à cela mais, toutes ces raisons sont souvent regroupées en 3 grands thèmes.

Ces thèmes sont :

  • le rapport que nous entretenons avec l’autorité depuis que nous sommes enfants,
  • la sensibilité que nous avons développée par rapport à la culpabilité,
  • la peur de ne plus être aimé par nos pairs ou nos proches.

En résumé, parce que, enfants, nous aurons eu un ou deux parents démesurément autoritaires ou particulièrement présents, parce que la culpabilité aura été souvent au cœur de notre éducation et parce que nous n’aurons pas reçu la reconnaissance et les témoignages d’amour qui nous étaient nécessaires, nous aurons un mal four à nous affirmer et à dire non.

Décryptage.

Le rapport à l’autorité

« Si je dis non, je vais devoir affronter l’autorité. »

Parce que les agents auront eu un parent autoritaire – un père particulièrement dominant ou une mère castratrice – ils auront plus de mal que les autres à affronter l’autorité présente au cœur des institutions territoriales.

Cela s’observe notamment dans des familles de fonctionnaires ou de militaires où la discipline est de mise.

On peut le trouver aussi dans des familles aux origines fortes, latines et méridionales, où l’autorité règne en la personne du patriarche. Cela peut aussi s’observer dans certains milieux bourgeois où la religion, la famille et l’omerta règnent en maître en tant que symboles de vie du cocon familial.

De la même manière, les personnes dont les familles issues de milieux professionnels particulièrement difficiles, tels que les milieux de la terre, seront aussi disposées à un rapport spécial avec l’autorité.

Dans tous ces milieux là, l’important c’est l’honneur, le sacrifice, la bienséance, le travail acharné. Les enfants doivent s’intégrer dans le moule.

Dans de tels environnements, dire non, parler librement, s’exprimer, communiquer, expliquer ce que l’on ressent, ne pas faire comme les autres, est un signe de rébellion.

Et la rébellion doit être brisée.

  • La culpabilité

« Si je dis non, je vais me sentir coupable car les choses tourneront moins bien à cause de moi. Ce sera ma faute.»

« Regarde tous les efforts que l’on fait pour toi. Nous nous sacrifions pour que tu réussisses » est un exemple parfait d’éducation culpabilisante qu’il n’est pas rare de trouver chez les familles de fonctionnaires.

D’autres variantes existent : « Si je suis en colère, c’est de ta faute » ou « Si tu n’es pas gentil, je t’aimerai moins »

Parfois même, cette culpabilité n’aura pas été exprimée par les parents. Mais, un parent très en demande, aura bien fait sentir, sans rien formuler, qu’il attend quelque chose de l’enfant et que si les choses ne tournent pas rond, c’est sa faute.

Les enfants sont des êtres égocentriques et ne devraient pas avoir à consoler leur parent pour leur mal-être d’adulte.

Donc, si leur mère était toujours en demande affective, toujours un peu triste et véhiculant un non-dit porteur d’idées telle « Si tu t’en vas, je suis triste », « Ne me laisse pas, je ne vais pas bien », ces personnes auront développé un rapport ténu à la culpabilité.

Pour ces raisons, ils accepteront des heures en plus, un salaire faible, un métier insatisfaisant, des réprimandes, des moqueries etc. Tout cela parce qu’ils auront peur d’affronter cette culpabilité qu’ils ont intégrée de manière cellulaire et qui les empêchent littéralement de dire non.

Donc d’avancer.

Donc de vivre.

  • La peur de déplaire

« Si je dis non, on va moins m’aimer, je serai mis de côté.»

Les fonctionnaires territoriaux, à l’image de nombreuses catégories professionnelles, sont des personnes en quête de reconnaissance forte.

Ils entrent dans la fonction publique territoriale parce que le service public donne un sens à leur activité professionnelle. Ils aiment à penser que leur travail sera visible par les administrés et que donc ils seront appréciés pour cela.

Le travail fournit une identité et la reconnaissance émise pour ce travail et devient presque l’ADN de l’agent.

En résumé : Si l’on apprécie le travail de l’agent, on apprécie l’agent.

Les fonctionnaires territoriaux ont donc besoin d’être aimés. Beaucoup. Vraiment beaucoup. Et ceci est vrai de l’élu, jusqu’à l’agent administratif.

Pour cette raison, de nombreux fonctionnaires auront peur de dire non car, s’ils disent non, il est possible que leur entourage professionnel les aime moins.

Là-aussi, ce phénomène sera accentué pour des agents qui auront souffert d’une vraie carence de reconnaissance dans leur enfance. Par exemple, s’ils ramenaient régulièrement des 19/20, personne ne leur a jamais dit ‘Félicitations’.

L’excellence était quelque chose de normal. On n’attendait pas moins

Pour eux, les remarques fusaient d’ailleurs plutôt lorsque les notes étaient mauvaises.

Et en prime, ces remarques provenaient de parents qui eux-mêmes n’avaient même pas réussi à avoir un certificat d’étude ou autre brevet des collèges.

Comme pour la territoriale où l’on ne vous dit jamais quand vous avez bien travaillé.

C’est uniquement lorsqu’il y aura un souci, qu’un manager incompétent, jaloux de ses compétences, viendra humilier un agent en public, histoire de le culpabiliser et d’asseoir son autorité.

Pour toutes ces raisons, dire non risque d’exposer beaucoup trop l’agent à un désamour direct et, en conséquence, ce dernier préfèrera ne rien dire et rester en retrait.

Le paradoxe ultime

Inconsciemment, nous avons tendance à nous rapprocher de situations relationnelles connues et vécues lorsque nous étions enfant car celles-ci ont tendance à nous rassurer a priori.

Pour cela, sans le vouloir vraiment, certains agents reproduiront certains schémas comme si, par défaut, certaines situations mêlant l’autorité, la culpabilité et la reconnaissance les appelaient de manière naturelle.

Concernant la Fonction Publique Territoriale, cela correspond à replonger directement dans le berceau de toutes les frustrations et de toutes les déconvenues possibles et inimaginables, tant cet environnement professionnel pourrait être à lui seul un symbole de l’autorité et du paternalisme, de la culpabilité et de la quête d’amour et de reconnaissance.

A priori, nous retomberons donc facilement dans les bras d’un manager autoritaire, paternaliste, que nous voudrons affronter régulièrement mais à qui nous ne pourrons dire non et face à qui nous ne pourrons nous affirmer. Ecrasés par la culpabilité et ce besoin d’amour si fort.

Mais, au final, cette situation réactivera les blessures du passé et amènera par là même cette inaptitude à nous comporter comme nous le devrions.

Pour casser ce cycle et arriver à s’affirmer, et à dire non une bonne fois pour toute, l’important est de trouver un lien entre la situation vécue enfant et celle reproduite adulte, dans le cadre professionnel, afin de la comprendre pour mieux l’éviter à terme.

Ce n’est qu’à partir de ce moment-là, que pourra être mis en œuvre le plan d’action qui suit dans les paragraphes à venir.

Prochain épisode : Episode 5 : Les sources du mal.

Ressources :

A bientôt,

Laurent.

MANANTRA : Preparation aux concours d'ingenieur territorial, d'ingenieur en chef territorial, de technicien territorial et d'attache territorial

7 commentaires

  1. Bonjour Laurent,

    Bravo pour cet article très intéressant, et en particulier pour cette approche originale dans le cadre d’une carrière territoriale.

    De façon plus générale, on peut classer les manipulateurs en 4 catégories : charmeur, culpabilisateur, respectable et autoritaire. Il s’agit plus de préférences que d’identités : chaque manipulateur est un peu les 4 à la fois, mais il va développer une préférence pour une de ces 4 stratégies, notamment en fonction de son interlocuteur.

    Dans ces 4 catégories on retrouve bien les 3 thèmes que vous évoquez :

    – charmeur : Le charmeur, c’est celui qui nous séduit, ou/et nous fait des promesses => peur de déplaire

    – culpabilisateur : Il agit sur notre culpabilité (dettes plus ou moins imaginaires, exigence de la perfection, etc.) => culpabilité

    – respectable : C’est celui qui utilise notre soumission « naturelle » au savoir ou encore à l’autorité. Devant quelqu’un « qui sait », on se tait, on écoute et on obéit (réflexes de notre enfance…). Devant quelqu’un qui a officiellement du pouvoir sur nous, on a appris à obéir (parents, grands-parents, instituteurs, profs, puis chefs et patrons) => rapport à l’autorité

    – autoritaire : il impose, il exige, il fait régner la terreur => rapport à l’autorité

    J’ajouterais que tout cela fonctionne sur nous parce qu’au cours de notre enfance, à travers notre éducation, nous avons acquis de nombreuses croyances : « Je dois obéir à celui qui commande. », « Mon travail doit être parfait. », « Si je dis non, on va me rejeter. », etc.

    De ces croyances nous avons tiré des principes auxquels nous obéissons : « Quand on s’engage, on doit tenir son engagement », « On doit être parfait, on ne doit jamais se tromper.», « Il faut payer ses dettes », « Il faut rendre service aux autres, sinon on est égoïste. »

    Si le manipulateur à une telle influence sur nous, c’est parce qu’il renvoie comme un miroir nos propres principes. Ces principes, nous nous les imposons ; le manipulateur nous les impose aussi.

    Voilà pourquoi c’est si difficile de résister.

    Comme vous le dites très bien dans votre livre, tant qu’on n’a pas pris conscience du « lien entre la situation vécue enfant et celle reproduite adulte », nous continuerons à reproduire les comportements que nous avons appris pendant notre enfance. Ce lien, c’est en partie cette ensemble de croyances et de principes auxquels nous nous soumettons inconsciemment.

    Encore bravo pour cet article très juste.

    Je vous souhaite une bonne continuation,
    Rémi

    • Bonjour Rémi.

      Et bien … quel commentaire. Je suis très honoré de l’intérêt que vous portez à mon travail.

      Merci pour ce complément d’information qui complète donc mon article et qui ravira surement les habitués de ce blog.

      Bonne continuation dans le cadre de vos activités.

      Bien à vous.

      Laurent.

  2. Bonjour Laurent,

    Le hasard m’a permis d’arriver dans un propos de cette page sur lequel je me questionnais justement. À savoir, sommes-nous tous un peu des méchants ? Moi-même j’ai fais du tord à des gens bien. Voici donc l’explication que je cherchais.

    sans le vouloir vraiment, certains agents reproduiront certains schémas comme si, par défaut, certaines situations mêlant l’autorité, la culpabilité et la reconnaissance les appelaient de manière naturelle.

    Quelle chance pour moi. Le plus grand des MERCI XXX

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